Réveil du tigre

Réveiller le tigre

Réveiller le tigre

Phrase résumée : Réveiller le tigre donne un nouveau point de vue sur le traumatisme et sur la façon de le guérir. Les animaux sauvages connaissent beaucoup d’évènements traumatisants (parfois une dizaine par jour) mais ne développent pas de traumatismes pour autant. L’auteur s’est inspiré des études scientifiques et de son expérience de thérapeute, mais également de l’observation des animaux sauvages pour développer une nouvelle approche : la « Somatic experiencing ».

De Peter Levine, 320 pages, publié en 2013

RESUMÉ : Réveiller le tigre

Le traumatisme est très commun : selon l’auteur, tout le monde a vécu au moins une expérience de traumatisme dans sa vie. Les traumatismes se développent souvent dans la petite enfance. La perception d’un évènement par un enfant est différente de celle d’un adulte : des faits apparemment bénins peuvent être traumatisants. Un enfant dont on a pris soin peut développer un traumatisme si les parents répondaient de façon inadaptée à ses besoins malgré leur bienveillance.

En plus des traumatismes résultant de notre propre expérience, nous héritons aussi des traumatismes qui n’ont pas été guéris par notre famille, notre communauté et notre pays. Ils se perpétuent de génération en génération jusqu’à ce qu’ils soient guéris.

1. Qu’est-ce qu’un traumatisme ?

Voici comment P. Levine définit un traumatisme : « un traumatisme est l’ensemble des troubles résultant de l’action d’un agent extérieur ». Selon cette définition, le traumatisme n’est pas la conséquence d’un évènement, mais la conséquence de la réaction du système nerveux à un évènement qui a dépassé sa capacité à y faire face par une réponse sensorielle adaptée.

L’énergie mobilisée pour faire face à un danger est libérée tout de suite en cas de combat ou de fuite. Mais en cas de figement, l’énergie est amplifiée et bloquée dans le système nerveux. Une réponse de combat inexprimée est transformée en sentiment de rage, et une réponse de fuite inexprimée est transformée en sentiment d’impuissance.

Le traumatisme est donc physiologique : il est créé par un reliquat d’énergie qui, à défaut d’avoir pu être transformée ou déchargée, est restée piégée dans le système nerveux à la suite d’une réaction de figement.

L’auteur en déduit que, pour comprendre et guérir un traumatisme, il faut s’intéresser à la fois au corps et à l’esprit qui forment un tout. La communication entre le corps et l’esprit n’est maintenant plus à démontrer : des chercheurs, comme Candice Pert, ont même identifié les ‘messagers neuropeptidiques’ permettant cette communication réciproque.

2. Conséquences d’un traumatisme

Si l’énergie n’est pas déchargée, l’organisme en déduit que le danger persiste. Le système nerveux active tous les mécanismes physiologiques et biochimiques pour faire face à une menace. Lorsqu’il n’est plus en mesure de contenir toute cette énergie, il développe des symptômes post-traumatiques qui lui permettent de décharger ce surplus d’énergie.

Les conséquences sont à la fois personnelles et sociétales. Comme conséquence de la non-guérison d’un traumatisme, le besoin de rétablir la justice, de la faire régner ou de réparer et prévenir l’injustice est la seule et unique cause universelle de violence.

Les symptômes personnels de la réaction traumatique sont nombreux (ils peuvent aussi avoir une autre origine). En voici quelques-uns :

  • Sentiment d’impuissance
  • Fatigue chronique ou faible niveau d’énergie
  • Humeur instable : réactions de rage, accès de colère, honte
  • Incapacité de se relaxer
  • Répétition. C’est une des plus fortes et des plus durables conséquences du traumatisme. Par exemple, un enfant battu battra son enfant à son tour s’il n’a pas guéri son traumatisme
  • Difficultés relationnelles
  • Anxiété : nervosité, inquiétude, allure perpétuellement tendue, réaction excessive face à des situations banales
  • Insomnie
  • Dépression
  • Émotivité excessive ou à l’inverse, faibles réactions émotionnelles
  • Incapacité à s’engager
  • Hyperactivité

Les réactions traumatiques peuvent apparaître beaucoup plus tard que l’évènement à l’origine, pouvant aller jusqu’à plusieurs décennies.

Bonne nouvelle : le traumatisme n’est pas une condamnation à vie, il peut être guéri ! La guérison des traumatismes a une fin, une résolution ! Le traumatisme est une opportunité d’une authentique transformation. Quand il est résolu, c’est une bénédiction.

harmonieCelui qui guérit ses traumatismes connaît un sommet de bien-être, de maîtrise et de sagesse dans l’harmonie, l’amour et la compassion.

Voici quelques exemples des effets positifs de la guérison d’un traumatisme :

  • Nos émotions nous propulsent vers l’avant au lieu de nous brider
  • Nos perceptions s’élargissent : elles nous font percevoir et accepter les choses avec bienveillance, comme elles sont, sans jugement
  • Notre capacité à tirer les leçons de nos expériences est améliorée
  • Sans devoir faire l’effort de pardonner, nous comprenons qu’il n’y a rien à blâmer
  • Nous sommes plus sûrs de nous, plus résilients, plus spontanés
  • Détente
  • Joie de vivre
  • Nous vivons de façon plus harmonieuse et plus ardente
  • Nous faisons face à la vie avec courage et confiance : le danger existe mais peut être ‘sous contrôle’
  • La confiance remplace l’anxiété
  • Résistance naturelle au stress
  • Renforce l’aptitude à faire face à la menace

3. Comment le biologique devient pathologique

Pourquoi est-ce que la libération de l’énergie est bloquée chez l’être humain ? C’est le néo-cortex qui interfère avec nos impulsions instinctuelles de guérison via la peur (de vivre la terreur, la rage et la violence, d’être débordé par l’énergie libérée) et le contrôle excessif. Le traumatisme est un cycle instinctuel initié mais non terminé.

La majorité des personnes tentent de contrôler l’énergie résiduelle en l’intériorisant. Bien que cette façon de procéder soit plus socialement acceptable que le déchargement de l’énergie, elle n’est pas moins violente et ne réussit pas à gérer un niveau d’activation élevé. Les symptômes jouent alors le rôle de soupape pour libérer juste assez de pression pour permettre à l’organisme de fonctionner.

4. Exemple dans la nature

Les animaux sauvages ne sont pas traumatisés malgré qu’ils peuvent vivre plusieurs évènements traumatisants sur une même journée. Voici les étapes que les animaux vivent naturellement :

  • Ils ne font qu’un avec la nature et l’environnement : il n’y a pas de séparation entre le stimulus et la réponse, ils sont réceptifs au moindre bruit, à la moindre modification de leur environnement. Ce sont les sensations et le felt-sense.
  • Réponse d’orientation : quand un animal perçoit un changement dans son environnement, il cherche l’origine de ce qui a été modifié.
  • Réaction : Fuir, combattre … ou se figer. Ce sont les trois options qui s’offrent à l’animal pour éviter le danger. Si la fuite ou le combat sont inefficaces, l’animal se figera. Il ne s’agit pas d’une faiblesse mais bien de la solution la plus adaptée :
    • L’imitation de la mort peut signifier au prédateur que la viande n’est pas comestible
    • Difficulté de détecter une proie immobile
    • La chute distrait le prédateur, permettant au troupeau de s’enfuir
    • Déclenchement d’un mécanisme analgésique qui diminue la souffrance en cas de blessure ou de mort.
  • Retour à une activité normale : après le figement, l’animal qui n’a pas pu décharger son énergie par le combat ou la fuite la déchargera par des vibrations, des petits mouvements nerveux et des tremblements. Ces réflexes instinctifs permettent de réguler les états d’activation opposés du système nerveux : mobilisation de beaucoup d’énergie lors de l’hyper-vigilance vs figement.

Réveil du tigre

Réveillez le tigre qui est en vous !

5. Comment guérir un traumatisme ?

Pour l’organisme, les expériences qui véhiculent le même impact émotionnel sont équivalentes : physiologiquement, elles forment un tout. Il n’est pas nécessaire de se remémorer toutes nos expériences traumatisantes, mais bien de décharger nos reliquats d’énergie qui y sont liés. La transformation requiert un changement de notre relation à nos souvenirs. Il est important de faire confiance à notre pouvoir instinctuel de guérison, et de ne pas donner trop d’importance aux évènements.

Ce point de vue ne nie toutefois pas le pouvoir libérateur de reconnaître ce qui s’est réellement passé !

Cette méthode demande une profonde acceptation de l’impact émotionnel des évènements, tout en gardant une fluidité entre le vortex de guérison et le vortex traumatique en renégociant l’évènement. Elle nécessite le courage de ressentir.

La guérison d’un traumatisme passe donc par la connexion à notre ‘felt-sense’, c’est à dire « la conscience corporelle d’une situation, d’une personne ou d’un évènement, qui englobe tout ce que l’on ressent ». C’est une expérience physique et non mentale. Le felt-sense renferme la lucidité, la puissance instinctuelle et la fluidité. Ce sont les sensations qui sont importantes, et non les images qui peuvent être des messages et non des faits réels. Il faut donner à notre corps toute liberté de communiquer sans censure.

Pour apprivoiser le felt-sense, il faut le vivre, c’est-à-dire l’observer et le laisser passer, et c’est tout ! Eviter d’interpréter, analyser, expliquer, attacher une émotion, rechercher des souvenirs ou intuitions. Cela demande de la douceur. Nous pouvons apprendre à nous connaître grâce au felt-sense : notre corps nous dira où se trouvent les blocages.

6. La guérison

Pour guérir d’un traumatisme, 7 aptitudes doivent être développées :

  • Felt-sense
  • Enracinement de la force : le traumatisme nous coupe les jambes. Nous devons récupérer nos racines.
  • Résilience (c’est le ressort de nos jambes)
  • Rétablissement de l’agressivité saine, qui nous donne vigueur et énergie
  • Sentiment de puissance : c’est nous qui dirigeons notre vie, nous possédons l’énergie vitale qui nous permet de réaliser nos désirs
  • Maîtrise : nous avons les techniques appropriées pour gérer les menaces
  • Orientation : processus par lequel nous assurons notre positionnement par rapport aux circonstances et à l’environnement

Voici les étapes de guérison :

  • Felt-sense pour entrer en contact avec les forces liées aux symptômes traumatiques
  • Mobilisation progressive (ça peut prendre du temps)
  • Écouter nos émotions une fois que nous nous sommes connectés à notre felt-sense
  • Renégociation pour satisfaire notre besoin impérieux d’achèvement et de résolution

CHRONIQUE

Ce livre nous permet de changer notre regard sur les souffrances que nous avons endurées en les dédramatisant.Sans nier ni diminuer la difficulté que nous avons éprouvée lors de ces évènements, il nous permet de considérer notre mal-être actuel non pas comme une fatalité mais bien comme l’inachèvement d’un processus enclenché.

En outre, la méthode « Somatic experiencing » développée par l’auteur nous rend une certaine autonomie dans la guérison de nos traumatismes, puisqu’elle peut se pratiquer sans thérapeute à condition de ne pas submergés par nos sensations. Dans le cas contraire, il est préférable de se faire accompagner.

Bien que ce livre contienne quelques exercices pour développer notre felt-sense et des exemples de processus de guérison vécus par les patients de l’auteur, le processus de guérison est abordé assez superficiellement et permet difficilement, selon moi, de le mettre en pratique à la seule lecture de ce livre. La guérison du traumatisme est abordée plus précisément dans un livre du même auteur publié un an après ‘Réveiller le tigre’ : La guérison par-delà les mots

Ceci n’enlève rien à la qualité du livre qui apporte une nouvelle compréhension du traumatisme, et qui le remet à sa place : bien que ce soit difficile, il est normal de connaître des traumatismes, mais ce n’est pas pour autant une condamnation au mal-être pour le reste de notre vie !

Points négatifs :

  • Malgré sa longueur, il manque de précision sur la mise en pratique du processus de guérison

Points positifs :

  • Ce livre apporte une belle ouverture d’esprit : nous sommes tous compétents pour prendre soin de notre bien-être avec un maximum d’autonomie.
  • Le processus de guérison est assez rapide, même s’il demande un peu de temps pour réapprivoiser le felt-sense.
  • Ce livre nous offre une vision très optimiste : derrière nos difficultés se cache une belle source de développement et de bien-être !

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Crédit photo : kesipun, Skeeze

Publié dans Bien-être psychologique.

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