jeux de pouvoir

Relations et jeux de pouvoir

Relations et jeux de pouvoir

Résumé du livre en quelques lignes : Et si derrière l’utilisation des jeux de pouvoir se cachait tout simplement la peur de vivre ! Et si, malgré les apparences, il n’existait ni tyran, ni victime (en matière de jeux de pouvoir), mais bien deux complices qui trouvent chacun leur intérêt à pérenniser les jeux de pouvoir qui pourtant enveniment leur relation ! Oser nous rencontrer et rencontrer l’autre pour passer de l’amour du pouvoir à la puissance de l’amour, c’est ce que Jean-Jacques Crèvecoeur nous invite à faire tout au long de ce livre.

De Jean-Jacques Crèvecoeur, 538 pages, publié en 2000.

RESUME : Relations et jeux de pouvoir

Vous est-il déjà arrivé d’accepter de faire quelque chose alors que vous n’en avez pas du tout envie ? Vous êtes vous déjà dit « c’est la dernière fois que je dis oui ! » pour vous surprendre à accepter quelques jours ou quelques heures plus tard, de vous demander comment vous avez pu vous faire prendre malgré votre détermination ? Vous sentez-vous parfois mal à l’aise avec certaines personnes sans vraiment comprendre pourquoi ?

Alors vous avez probablement été impliqué dans des jeux de pouvoir !

Désamorcer les jeux de pouvoir permet de passer de la domination à la coopération, de la peur à la confiance. En sortant des jeux de pouvoir, nous pouvons nous libérer des schémas enfermant pour bâtir des relations authentiques, respectueuses et qui tiennent compte des besoins de chacun.

1. Qu’est-ce qu’un jeu de pouvoir ?

‘A’ exerce un jeu de pouvoir sur ‘B’ s’il est capable de faire faire, de faire dire, de faire penser ou de faire ressentir quelque chose à ‘B’, contre son gré et parfois à son insu (manipulation), sans en prendre la responsabilité ».

Manipulating arm on a black and white background

Prenons un exemple :

‘A’ : « Mince alors, j’ai complètement oublié que les poubelles passaient demain matin »

‘B’ : « Bon ça va, je vais les sortir tes poubelles »

‘A’ essaie de faire dire à ‘B’ qu’il prend l’initiative de sortir les poubelles et de lui faire penser que c’est à lui de sortir les poubelles. ‘A’ peut même réussir à faire ressentir à ‘B’ une certaine gêne, une certaine peur, une certaine culpabilité à l’idée que s’il ne sort pas les poubelles ce soir, ‘A’ va lui tirer la gueule pendant la soirée. Mais à aucun moment ‘A’ ne prend la responsabilité de ce qu’il essaie de lui faire faire, dire ou ressentir.

Nous allons identifier les 7 éléments caractérisent un jeu de pouvoir :

   1. Pression exercée

‘A’ exerce une pression psychologique sur ‘B’ pour obtenir de lui ce qu’il veut.

   2. Distorsion entre le message explicite et implicite

‘A’ envoie deux messages différents, qui peuvent parfois être contradictoires. Cette dissonance déstabilise ‘B’ qui utilise une bonne partie de son énergie à traduire le ‘vrai message’. Il perd ses moyens et devient ainsi une proie de plus en plus facile pour le pouvoir de ‘A’. Exemple :

‘A’ : « Merci beaucoup ! » (emploi d’un ton fâché).

Le message explicite (merci beaucoup) est contradictoire avec le message implicite (je suis fâché).

    3. Complicité circulaire

Pour que ‘A’ puisse exercer un jeu de pouvoir sur ‘B’, il a besoin de la complicité de ‘B’ ! A aucun moment il n’oblige ‘B’ à réaliser ses projets implicites : ‘B’ est libre de refuser de répondre aux attentes implicites de ‘A’.

Nous adoptons généralement deux catégories de comportements complémentaires :

  • Comportement dominateur : qui s’arrange pour prendre le pouvoir dans la relation
  • Comportement de victime : qui se fait complice de son aliénation

Bonne nouvelle : nous avons tous le choix de ne pas entrer dans les jeux de pouvoir des autres !

Liberté

Mais cette complicité veut dire aussi qu’il n’y a pas de victime puisque les deux parties sont complices. Il est de la responsabilité de chacun d’entretenir des relations saines avec son entourage, au lieu d’accuser l’autre en se considérant comme une pauvre victime.

    4. Projets ou attentes implicites

Les projets ou les attentes implicites, même s’ils partent d’une bonne intention, sont ressentis comme une pression et un envahissement.

Exemple des moyens utilisés et les projets implicites qu’ils cachent :

Moyens      Projets ou attentes implicites
La flatterie
  • Mettre l’autre dans de bonnes dispositions pour accepter la demande
  • Empêcher l’autre de recourir à un prétexte pour refuser : dire « Que tu es fort ! Et tu as l’air en pleine forme ! », avant de demander de l’aide empêchera l’autre de recourir au prétexte que c’est trop dur pour lui…
La pitié : « mon ami commence à désespérer »
  • Qu’il se sente coupable s’il refuse
L’auto-accusation : « imbécile que je suis »
  • Que l’autre se sente supérieur pour qu’il vienne en aide
Le jeu de victime : « je vais me faire tuer »
  • Qu’il soit le sauveur
  • Qu’il se sente impliqué dans le problème
  • Qu’il se sente forcé d’accepter
Le chantage affectif : «  je ne peux quand même pas la laisser tomber ! »
  • Qu’il ait peur
  • Qu’il se sente personnellement responsable du sort des autres personnes impliquées, et se sente obligé d’accepter
L’implication de l’autre dans le problème : « Qu’est-ce qu’on pourrait faire ? »
  • Qu’il se sente personnellement responsable de la recherche d’une solution au problème

    5. Dépendance réciproque

Quand ‘A’ exerce un jeu de pouvoir pour obtenir quelque chose de ‘B’, il se rend dépendant de ‘B’ pour la satisfaction de son besoin. Quand ‘B’ résiste sans exprimer explicitement son refus, il se rend dépendant ‘A’ pour comprendre son message implicite. Une dépendance réciproque s’installe accompagnée d’une frustration qui agit comme une bombe à retardement, pouvant parfois aller jusqu’à la rupture de la relation.

    6. Inadaptation à la réalité

En recourant aux jeux de pouvoir, il y a de fortes chances pour qu’à court terme, les partenaires se retrouvent dans une situation de gagnant – perdant (et parfois même perdant – perdant). Mais à long terme, si un partenaire est régulièrement perdant, il développera de la rancœur envers l’autre. La relation se détériorera petit à petit, rendant la stratégie inefficace.

NB : il est possible que les deux partenaires satisfassent leurs besoins respectifs à court terme. Par exemple : si le partenaire ‘A’ a besoin d’aide et que le partenaire B a besoin de se donner une bonne image de lui-même, ces deux besoins peuvent être satisfaits en même temps avec un jeu de pouvoir. Mais les deux partenaires se placent dans une dépendance relationnelle pour satisfaire leurs besoins et finiront par se sentir frustrés par cette dynamique. Même dans ce cas de figure, les jeux de pouvoir sont inefficaces à long terme.

    7. Caractère répétitif

La répétition est plus une conséquence des jeux de pouvoir qu’une cause. Il s’agit toutefois d’un bon indice pour détecter un jeu de pouvoir.

2. Quelle est l’origine d’un jeu de pouvoir ?

Les jeux de pouvoir ont pour origine la peur ! L’auteur identifie six peurs dont on se protège en recourant aux jeux de pouvoir :

    1. Peur de la rupture relationnelle : en évitant la confrontation avec l’autre, on se protège de la rupture relationnelle.

    2. Peur de se découvrir tel que l’on est : en évitant la rencontre avec l’autre, on échappe aussi à la confrontation avec soi-même qui risque de nous faire perdre l’image qu’on a de soi.

    3. Peur du changement : on nie le changement en répétant continuellement le passé pour éviter de perdre le contrôle.

    4. Peur de la mort : On vit comme si on n’allait jamais mourir, mais c’est comme ça qu’on risque de passer à côté de sa vie ! Beaucoup de personnes qui ont frôlé la mort (accident, maladies,…) ont l’impression de seulement commencer à vivre après cette expérience.

revivre

« Quand on sait que la mort est là, la vie prend toute son importance ». Abla Farhoud

    5. Peur de s’incarner : en agissant comme si on n’avait pas de besoins ni de limites, on se protège de la peur de l’incarnation. Voici quelques exemples de comportements qui en découlent :

  • Tout rationaliser
  • Négliger son corps ou se surmener
  • Se réfugier dans la méditation pour oublier ses frustrations
  • Ne pas écouter ou exprimer ses émotions
  • Ne pas prendre en charge ses besoins
  • Négliger sa vie sexuelle
  • Vouloir sans cesse être reconnu
  • Se montrer fort et ne pas dévoiler sa vulnérabilité

    6. Peur de vivre : Pour nous protéger de nos propres peurs, nous mettons en place des stratégies de « sur-vie » et de « sous-vie ». Nous gagnons en sécurité mais nous perdons une vie pleine, satisfaisante et épanouissante.

Là où nous avons peur, là où nous désirons, nous manipulons. Nous n’en avons même plus conscience. Et plus nous sommes attachés à quelqu’un, plus nous avons peur de le perdre, et plus les jeux de pouvoir sont présents dans la relation.

3. Déjouer les jeux de pouvoir relationnels

Comment passer d’une vie dominée par la peur à une vie guidée par l’amour ? Pour sortir des jeux de pouvoir, la première attitude consiste à accepter de faire face à ses peurs et de se confronter avec la réalité. La guérison des relations est un processus évolutif et progressif. C’est grâce à des jeux de pouvoirs successifs qu’on peut prendre conscience de ce qui est inadapté dans sa vie, ses croyances et ses comportements, et reculer son seuil de conscience.

Funny man and mirror with his monkey face. Human evolution and Darwin theory concept.La qualité de la relation avec autrui est le reflet de la qualité de la relation avec nous-même.

7 stratégies permettent déjouer les jeux de pouvoirs :

    1. Désamorcer les pressions :

        a. Que l’autre exerce sur nous :

  • Ne pas se justifier
  • Tant qu’il n’y a pas de demande explicite, ne rien faire
  • Si la demande est explicite mais accompagnée d’une pression (par exemple, un enfant qui pleure pour obtenir quelque chose), attendre qu’on nous le demande correctement.
  • Demander un délai de réponse

        b. Qu’on exerce sur les autres : arrêter d’avoir des projets implicites sur les autres en commençant à s’occuper de soi.

    2. Accepter de se découvrir tel que l’on est

    3. Reconnaître les étapes du changement

    4. Aménager son environnement

développer son autonomie à l’intérieur du cadre de la société, tout en se respectant.

    5. Faire confiance aux ressources de l’autre :

  • Prendre 100% de la responsabilité de notre réalité
  • Prendre 0% de la responsabilité de la réalité de l’autre
  • Donner à l’autre le droit à l’erreur et à l’expérience
  • Quand l’autre souffre, l’accompagner sans vouloir ‘prendre’ sa souffrance

    6. Se faire confiance

    7. Développer un autre regard :

  • Ne pas juger
  • Écouter les résonances : quand un comportement nous dérange, il s’agit généralement d’un trait de caractère que nous avons nous-mêmes, mais que nous essayons d’occulter car il nous dérange.
  • Sortir de la dualité « bien / mal » et la remplacer par les termes « adapté / inadapté »

4. Développer sa puissance intérieure

Le pouvoir est l’expression inadaptée d’une force en nous : on cherche à se rassurer plutôt qu’à rayonner. Pour sortir des jeux de pouvoir, nous devons apprendre à canaliser cette force à construire des relations respectueuses de soi et des autres en se fiant à notre ressenti, en s’aimant, en se respectant et en s’acceptant.

Puissance intérieure« De l’amour du pouvoir à la puissance de l’amour ». Jean-Jacques Crèvecoeur

7 principes nous permettent de développer notre puissance intérieure :

    1. Se préparer et préparer l’autre :

    • S’autoriser à agir autrement
    • S’ancrer corporellement
    • Ne pas avoir de projet implicite
    • Donner la liberté à l’autre de refuser nos demandes

    2. Aligner notre parole sur notre ressenti, nos pensées et nos actes pour que l’explicite et l’implicite soient cohérents.

    3. Accepter les confrontations en abordant les difficultés comme des opportunités de croissance.

    4. Expliciter et faire expliciter les projets et les attentes. Si on ne sait pas où l’autre veut en venir, on peut simplement lui demander ce qu’il attend de nous. Il peut soit dire clairement le fond de sa pensée, soit s’esquiver. Mais s’il choisit la fuite, on lui laisse la responsabilité de ses problèmes au lieu de les prendre en charge. NB : il peut être nécessaire de poser plusieurs questions avant que l’autre ne baisse les armes, car il risque de redoubler d’intensité avant de sortir de son jeu de pouvoir…

    5. Respecter les besoins de chacun : il est utile d’identifier les besoins de chacun pour trouver une solution satisfaisante pour chaque partie (pour aller plus loin, voir l’article cessez d’être gentil, soyez vrai !).

    6. Reconnaître et accepter la réalité : reconnaître et accepter les émotions de l’autre, exprimer nos propres émotions, et tenir compte du contexte en posant des actes qui résolvent les problèmes en jeu.

    7. Boucler, pardonner et remercier : stopper les répétitions en bouclant la boucle.

CHRONIQUE : relations et jeux de pouvoir

A travers son ouvrage, Jean-Jacques Crèvecoeur nous apporte un regard neuf sur les relations. Loin du jugement et de l’accusation, l’auteur nous invite avec beaucoup de bienveillance à se reconnecter à soi, à l’autre et à notre environnement pour déployer nos ailes dans la puissance de l’amour.

Il ne s’agit pas d’utiliser des ‘techniques’ avec notre mental, mais de se connecter à notre ressenti et d’exprimer nos malaises pour ouvrir la discussion et pouvoir aborder les problèmes à la racine.

Il y a près d’un an que j’ai lu ce livre et que je tente de l’appliquer. Même si au début (et encore maintenant), je suis parfois maladroite dans ma façon de m’exprimer, le fait d’oser dire mes craintes, mon ressenti, mon désespoir et ma vulnérabilité permet de parler de cœur à cœur et de faire évoluer mes relations.

C’est un chemin de tous les jours qui élargit au fur et à mesure notre champ de conscience, et nous permet de vivre éveillés plutôt que sur le mode automatique. Si ce n’est pas toujours facile de se confronter à ses propres peurs, c’est exaltant et ça apporte beaucoup de satisfaction. Et ça marche !

Points négatifs :

  • L’auteur (physicien de formation) a rédigé ce livre d’une plume scientifique, expliquant ses postulats et détaillant ses démonstrations qui lui ont permis de tirer ses conclusions. Si cette façon de rédiger permet aux plus sceptiques d’entre nous de trouver une explication à tous les propos du livre, ça a tendance à ‘alourdir’ la lecture avec des démonstrations qui ne sont pas toujours utiles à la compréhension. NB : si la méthode est scientifique, il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la physique pour comprendre le livre ! Les propos sont rédigés de manière très pédagogique.

Points positifs :

  • L’auteur illustre les propos de son livre, des caractéristiques des jeux de pouvoir au développement de sa puissance intérieure, avec 9 histoires qui servent de fil conducteur. Nous pouvons suivre l’évolution des relations des personnages de ces 9 histoires au fur et à mesure qu’ils utilisent les outils présentés dans ce livre pour sortir des jeux de pouvoir. Ces histoires permettent de bien comprendre les propos de l’auteur et de s’imaginer plus concrètement comment les appliquer dans notre propre vie.
  • C’est un vrai livre de référence sur les jeux de pouvoir et la manipulation : il aborde les jeux de pouvoir dans toute la complexité de la dynamique relationnelle au-delà des mots, nous apportant un regard nouveau pour assainir nos relations à la racine.

 

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Crédit photo : svetazi, sciencefreak, Kletr, Anupam_ts

Publié dans Bien-être psychologique.

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